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Situation de l’homéopathie en Inde

Novembre 2011

L’homéo­pa­thie est la deuxiéme méde­cine offi­cielle en Inde : dif­fé­rents cou­rants en sont issus portés par des homéo­pa­thes mon­dia­le­ment reconnus.
Le doc­teur Farokh Master est un célè­bre méde­cin homéo­pa­the indien.
Il exerce à Bombay et par­court le monde pour ensei­gner l’homéo­pa­thie clas­si­que hah­ne­man­nienne.
Nous avons la chance de rece­voir, chaque année, son ensei­gne­ment, à Lyon, lors d’un sémi­naire orga­nisé par Planète-Homéo.
À cette occa­sion nous lui avons demandé de nous parler un peu de la situa­tion actuelle de l’homéo­pa­thie en Inde.

Dr Farokh Master, racontez nous votre par­cours pro­fes­sion­nel

« J’ai débuté l’homéo­pa­thie en fai­sant des accou­che­ments. J’ai d’abord rejoint l’école de méde­cine clas­si­que en 1976, puis je me suis reconverti à l’homéo­pa­thie que je pra­ti­que tou­jours.
J’ai servi en tant que membre au Conseil Central pour l’Homéopathie, pen­dant plus de dix ans, grâce à mon ami le Dr. Sunny Bakshi, pré­si­dent de ce Conseil, qui m’a beau­coup aidé à appren­dre et com­pren­dre l’étude de l’homéo­pa­thie. »

Depuis com­bien de temps l’homéo­pa­thie est-elle pra­ti­quée dans votre pays et qu’en est-il aujourd’hui ?

« Commençons ce voyage par l’his­toire de l’homéo­pa­thie en Inde : L’homéo­pa­thie a été impor­tée en Inde dès 1810 par les voya­geurs, mis­sion­nai­res et mili­tai­res venant de l’ouest. Son intro­duc­tion offi­cielle date de 1839 : Le Docteur John Martin Honigberger a été appelé à la Cour du Maharadja Ranjeet Singh pour soi­gner ce der­nier (para­ly­sie des cordes voca­les). Par la suite, le Docteur Honingberger s’est ins­tallé à Calcutta. Le voyage du Docteur Honinberger a tracé la carte de la dif­fu­sion de l’homéo­pa­thie. C’est l’état du Bengal qui, en pre­mier, a encou­ragé le déve­lo­pe­ment de l’homéo­pa­thie par la créa­tion d’ins­ti­tuts de for­ma­tion et de cen­tres de soins. Les hopi­taux pour l’homéo­pa­thie à Calcutta étaient répu­tés pour le trai­te­ment de mala­dies incu­ra­bles. La mai­trise d’épidémies comme le cho­léra et les efforts per­sis­tants de plu­sieurs méde­cins dévoués ont favo­risé son accep­ta­tion dans d’autres régions du pays.
Comme les autres sys­tè­mes médi­caux, l’homéo­pa­thie a été confron­tée, cette der­nière décen­nie,à des défis majeurs dans un monde ou les pro­blè­mes de santé devien­nent de plus en plus com­plexes. Il ne fait aucun doute que l’uni­for­mi­sa­tion de l’ensei­gne­ment, de la pra­ti­que et de la recher­che médi­cale est deve­nue plus essen­tielle que jamais pour lutter contre les pro­blè­mes aux­quels la com­mu­nauté médi­cale fait main­te­nant face.

Bien que cela fasse plus de 180 ans que l’homéo­pa­thie a été intro­duite en Inde, c’est seu­le­ment depuis la pro­mul­ga­tion de l’Acte du Conseil Central pour l’Homéopathie en 1973 et la créa­tion de ce der­nier l’année sui­vante, que l’homéo­pa­thie s’est vrai­ment déve­lop­pée dans notre pays.
L’uni­for­mi­sa­tion de l’ensei­gne­ment a com­mencé seu­le­ment après que le Règlement pour l’Education de l’homéo­pa­thie soit entré en vigueur en 1983.
En Inde, nous avons actuel­le­ment plus de 180 écoles d’homéo­pa­thie reconnues, affi­liées à leurs uni­ver­si­tés d’états res­pec­ti­ves. Pour struc­tu­rer la recher­che homéo­pa­thi­que, un besoin de pla­ni­fi­ca­tion et d’orga­ni­sa­tion de la recher­che était for­te­ment res­senti par le gou­ver­ne­ment indien. Le résul­tat fut la créa­tion d’un Conseil Central pour la Recherche en Médecine Indienne et Homéopathie (CCRIMH) en 1969 pour effec­tuer des recher­ches sur l’Ayurveda, le Siddha, la méde­cine Unani, le Yoga et l’Homéopathie. Le Conseil Central de Recherche sur l’Homéopathie (CCRH), un des suc­ces­seurs du CCRIMH a été établi en tant qu’orga­ni­sa­tion auto­nome à New Delhi en 1978. Depuis, le CCRH reste l’unique orga­ni­sa­tion enga­gée dans des études variées sur l’Homéopathie. Ses ins­ti­tuts et unités effec­tuent des recher­ches avec les prin­ci­pes direc­tifs sui­vants :

  • Formuler les objectifs et les grandes lignes de recherche scientifique en homéopathie.
  • Initier, développer, entreprendre et coordonner la recherche scientifique fondamentale et appliquée en homéopathie.
  • Collaborer avec d’autres instituts d’excellence pour la promotion de l’homéopathie.
  • Echanger des informations avec les autres instituts et associations ayant des intérêts similaires à ceux du CCRH, particulièrement l’observation et l’étude des maladies.
  • Diffuser les découvertes scientifiques, par le biais de communiqués, journaux, séminaires et développer des supports visuels pour aider la dissémination de l’information de la profession vers le public. »

L’homéo­pa­thie est très régle­men­tée et encou­ra­gée par le gou­ver­ne­ment ! Quelle est la réa­lité dans l’appli­ca­tion de toutes ces mesu­res ?

« Il est triste de cons­ta­ter qu’après 34 lon­gues années d’exis­tence du Conseil Central pour l’Homéopathie, le seul résul­tat est l’arrêt de l’ancien cursus de for­ma­tion et le début de l’uni­for­mi­sa­tion de l’ensei­gne­ment supé­rieur. Il est regret­ta­ble qu’aucune des 183 Ecoles d’homéo­pa­thie indienne n’ait aujourd’hui rempli les condi­tions sti­pu­lées dans les stan­dards mini­mums du Règlement sur l’Education. On peut dire qu’envi­ron seu­le­ment un quart de ces écoles s’appro­che du stan­dard.

Plus de la moitié de ces écoles sont tou­jours dans des condi­tions pitoya­bles. Elles n’ont ni les infra­struc­tu­res, ni le per­son­nel néces­saire. Même dans les ins­ti­tu­tions où l’on trouve quel­ques infra­struc­tu­res, les dis­po­si­tions pour la for­ma­tion cli­ni­que sont lar­ge­ment insuf­fi­san­tes.
L’entraî­ne­ment cli­ni­que étant l’élément le plus impor­tant de l’éducation médi­cale, son absence des écoles d’Homéopathie est une grave lacune dans notre sys­tème éducatif. _ De plus, le manque de pro­fes­seurs formés et com­pé­tents dans ces écoles est une autre limi­ta­tion à laquelle nous fai­sons face. La pro­fes­sion n’est pas capa­ble d’atti­rer des pro­fes­seurs de qua­lité et dévoués prin­ci­pa­le­ment à cause du maigre salaire et des condi­tions de tra­vail déplo­ra­bles. »

Pouvez vous nous décrire une jour­née de tra­vail dans votre cabi­net à Bombay ?

« Mon tra­vail de tous les jours com­mence avec les priè­res du matin aux­quel­les tous mes asso­ciés et moi-même par­ti­ci­pent. Nous prions pour avoir l’espoir et la force d’aider les gens.
Mon équipe est formée de 15 à 20 doc­teurs. Je vois en moyenne entre 70 et 80 patients par jour.
La plu­part de ces cas ont des mala­dies graves tels que des can­cers à tous les stades, can­cers avec métas­ta­ses et der­niers stades de cancer.
Je rends visite à des patients en état cri­ti­que à l’hôpi­tal King Edward Mémorial et à l’hôpi­tal de Bombay envi­ron deux ou trois fois par semaine. Je vais aussi à la cli­ni­que Ruby Hall située à Pune à envi­ron 200 Km de Bombay. J’y vais envi­ron une fois par mois pour aider les patients dont la plu­part souf­frent de cancer.
Je pra­ti­que aussi beau­coup de méde­cine vété­ri­naire, je soigne des chiens, chats, oiseaux, per­ro­quets et tor­tues. »

Merci au doc­teur Farokh Master qui, à sa façon, est un Homéopathe Sans Frontières, soi­gnant les plus pau­vres comme les plus riches et dif­fu­sant à tra­vers le monde l’homéo­pa­thie pour le bien de tous.

L’homéo­pa­thie indienne en quel­ques chif­fres :

  • Avec 234 hôpitaux (10 933 lits), 5910 dispensaires gouvernementaux et 217 860 praticiens diplômés, l’homéopathie est le second système médical le plus utilisé après l’allopathie.
  • Les étudiants en médecine choisissent dès la première année de faculté soit la filière allopathie soit la filière homéopathie.
  • Plus de 600 fabricants de médicaments homéopathiques sont installés en Inde

Docteur Farokh Master - Bombay


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